Eloge du rosé comme antidote à la morosité

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Eloge du rosé comme antidote à la morosité

Longtemps le rosé eut la mauvaise réputation d’être sans identité, sinon en négatif. Façon « ni ni », comprendre « ni blanc, ni rouge ». Autre chose, mais quoi ?

On aimait le rouge pour sa couleur, sa charpente, sa structure, sa profondeur, le blanc pour sa fraîcheur, sa vigueur, ses notes apéritives ou digestives, pour les liquoreux. Le rosé jouait, lui, le bâtard de service. Ni aussi profond que l’un, ni aussi vif que l’autre. Attardé,  souvent soufré, coloré à l’excès, issu de saigné, désigné comme responsable des migraines et des acidités intempestives.

Mais la mode du pressurage direct vint. Régine Sumeire, à Barbeyrolles, eut l’idée (de génie) de nommer son vin : « pétale de rose ». La vogue du rosé pâle, fin, fluide, à peine réglissé, proche du bonbon anglais, mais sans lourdeur se propagea comme une traînée de poudre. Issu de cinsault, mourvèdre, syrah, grenache, laissant la peau macérer dans le jus du raisin au minimum, le nouveau rosé se mit à devenir preste, agile, distingué.

Un vin intelligent. Le meilleur cru de l’été. Et surtout celui qui préfigure les beaux jours. Qu’il soit de Pibarnon, de Thuerry, de Malherbe, de Sainte-Marguerite, de Causse, de Creysse, de Calisse ou encore d’Esclans, vinifié en bois neuf, comme le Garrus de Sacha Lichine propre à se prendre pour un grand bordeaux, le nouveau rosé est devenu la meilleure antidote qui soit à la morosité ambiante.

Placez une bouteille du dispendieux Clos Mireille, ou celle de votre découverte, de votre coup de cœur du moment, sur la table de pique nique, de week-end, en terrasse dans une grande ville, et les idées noires s’envoleront. Le rosé a ceci de particulier qu’il livre des pensées proches de sa couleur. L’essayer c’est l’adopter. En boire, c’est se prémunir contre la déprime qui semble sévir à la lecture de vos quotidiens ou à l’écoute des infos du jour.

Chassez l’idée du petit rosé d’avant. Celle des grandes vacances de demain reviendront au galop.


Gilles PUDLOWSKI


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